Tossolia, le triomphe du tofu

Créée il y a 27 ans, l’entreprise Tossolia spécialisée dans la production de tofu, connaît une évolution exemplaire dans un contexte socio-économique devenu particulièrement favorable aux produits à base de protéines végétales.

L’entreprise Tossolia n’a pas attendu que la consommation de viande soit en perte de vitesse pour mettre le tofu sur les tables, loin s’en faut. Créée il y a 27 ans, cette petite entreprise florissante a fait son beurre avec ce produit à base de jus de soja caillé qui ne connaissait pourtant pas à l’époque l’engouement dont il bénéficie aujourd’hui. « Le tofu a bien fait son bonhomme de chemin. A l’époque où j’ai commencé à en produire, on le trouvait essentiellement dans les magasins bio. Il était connu pour des raisons diététiques par les consommateurs qui faisaient attention à leur alimentation, et par ceux qui consommaient des produits issus de l’agriculture biologique », explique Joël Pichon, fondateur et gérant de cette entreprise basée à Revest-du-Bion. Du reste, convient-il, « je ne pensais pas faire une entreprise aussi grande que celle-là »
 
En fait, cet électronicien de formation n’envisageait même pas d’en faire son métier. « Je pensais plutôt à travailler dans les énergies renouvelables ». Oui, mais voilà… « Le tofu, pour moi, c’est une rencontre avec ce produit que j’ai découvert en 1983 à Montréal. J’ai appris à en faire pour moi, puis j’ai commencé à en faire pour le village ». C’était à Eourres à la fin des années 80. « Avec un ami, on avait aménagé un atelier au rez-de-chaussée d’une maison d’habitation ». Or, explique Joël Pichon, « même si ce n’était pas très connu, il y avait un peu de demande ». L’année suivante, l’activité commence à s’organiser lorsqu’un ami chevrier lui propose de s’associer avec lui pour fabriquer et vendre son tofu.
 
De fil en aiguille et de projets en opportunités, naît la société coopérative et participative (SCOP) Tossolia. Une société qui connaît une ascension quasi constante depuis sa création. « Les sept premières années, on se développait de 40% par an. Mais on était partis de très bas », convient le gérant. L’entreprise comptait à ses débuts deux équivalents temps plein. Elle en compte aujourd’hui 33. « Les années 2009 et 2012 étaient des années noires durant lesquelles nous avons connu une stagnation succédant à notre investissement à Revest-du-Bion. Les grandes surfaces commençaient à s’y mettre pas mal et nous faisaient concurrence alors que jusqu’en 2008, nous nous étions laissé porter par le marché ». Une stagnation que Joël Pichon attribue rétrospectivement à une faiblesse de l’entreprise en matière de marketing. « La fibre commerciale, ce n’était pas dans les gènes de l’entreprise ». En 2012, pour des raisons obscures, le bio connaît un ralentissement. Tossolia aussi.
 
Mais depuis lors, la croissance est constante : « Entre 2013 et 2016, notre chiffre d’affaires a doublé ». En 2016, notamment, « au cours de laquelle le bio a augmenté de +22%, nous avons connu une croissance de +37% ». Cette année-là, le chiffre d’affaires de l’entreprise s’élève à 3,8K€. L’an passé, il s’élevait à 4,4K€. Un chiffre d’affaires à imputer notamment au lancement de nouvelles gammes de produits à base de céréales et de légumineuses. « On est très contents du démarrage », commente le gérant.
 
Pour autant, la matière première principale reste incontestablement le soja, dont l’entreprise consomme environ 500 tonnes par an. Analysé sans OGM, cultivé en bio et certifié AB, il est produit exclusivement dans les Alpes-de-Haute-Provence et dans la Drôme. De même, pour les autres produits, l’entreprise privilégie les circuits courts et les ingrédients biologiques de proximité à chaque fois que c’est possible, à l’exemple du basilic ou de la farine de pois chiches. Un choix par lequel Tossolia atteste de son ancrage territorial en participant au développement économique de la Haute-Provence.
 
Texte et photo : Stéphanie Martin
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