Suderiane, une logique de confiance

Dirigeants de l’entreprise manosquine Sudériane, Aurélia et Romain Lefevre développent une méthode de management fondée sur le concept d’entreprise libérée.

Lorsqu’Aurélia et Romain Lefevre ont racheté à Manosque la petite entreprise de maintenance informatique qui deviendra Suderiane, leur prédécesseur avait été clair : « ne jamais être proches des salariés et, au moins, instaurer le vouvoiement ». Peine perdue. Les deux jeunes gens, alors âgés de 27 et 28 ans, ne voient pas la nécessité de dresser ce genre de barrières. Et posent alors, sans le savoir, les jalons de ce qui constitue aujourd’hui l’une de leurs spécificités de dirigeants d’entreprise.
Nous sommes en 2011. Aurélia Rojon, commerciale de métier et éditrice par passion, rêve de créer son entreprise. Son compagnon, Romain Lefevre, est ingénieur d’étude et développement informatique. L’opportunité se présente de racheter l’entreprise ABI Informatique, une TPE alors installée dans la ZI Saint-Joseph, à Manosque. Ils la saisissent et deviennent respectivement présidente et directeur de la société rebaptisée Suderiane. 
Deux déménagements et sept ans plus tard, l’entreprise spécialisée dans la maintenance informatique, l’externalisation vers le cloud et le développement de logiciels métiers sur mesure, dispose d’un second site à la Seyne-sur-Mer, compte 23 salariés… et expérimente de nouvelles méthodes de management inspirées du concept d’entreprise libérée. 
Une initiative qui résulte directement de l’adhésion d’Aurélia Rojon-Lefevre au Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD). « L’idée que l’économie doit être mise au service de l’homme est le leitmotiv de l’association », pointe la jeune femme. « On considère que c’est bien d’être rentable, mais que c’est loin d’être suffisant ». Autrement dit, l’éthique se retrouve au premier plan d’une politique de l’entreprise qui prône ainsi ce que le CJD appelle un « libéralisme responsable »
A l’échelle de Suderiane, les actions mises en place dans cette dynamique ont commencé en 2015, avec l’organisation d’une journée cohésion d’équipe. Depuis, les idées originales fusent. Ainsi, « à chaque embauche, le nouvel arrivant doit planter un arbre », explique encore Aurélia Rojon-Lefevre. « Cela symbolise l’enracinement, le fait que les gens ne sont pas interchangeables et qu’ils laisseront une trace indépendamment du temps qu’ils auront passé ici »
Un petit terrain de 1000m² jouxte en effet les locaux flambant neufs où ils sont installés depuis trois ans. Y sont désormais plantés près d’une dizaine d’arbres fruitiers, qui voisinent avec un petit jardin potager. Dans le bâtiment qui abrite les bureaux, on trouve aussi une salle de billard ou encore une petite salle de sport. Tout pour le bien-être, en somme. 
« Nous avons également créé des groupes de travail, expliquent les dirigeants. Nous avons, par exemple, mis en place un groupe « rémunération » pour déterminer ensemble les critères d’attribution des primes, d’augmentation des salaires et de calcul de l’intéressement. L’idée est d’impliquer nos collaborateurs sur quasiment tous les sujets ». Qu’on ne s’y trompe pas, la mise en œuvre ne se fait pas sans inconvénient. « Tout est un peu plus long puisque les décisions ne sont pas unilatérales », conviennent Aurélia et Romain Lefevre. 
 
Sans compter que lorsqu’on encourage les salariés à s’exprimer, il faut s’attendre à ce qu’ils le fassent… « Ce n’est pas toujours agréable, mais ce qui est super, c’est que ça permet de savoir quand quelque chose ne va pas. Sur le long terme, c’est forcément bénéfique car si les salariés ne sont pas bien dans l’entreprise, on risque d’être confrontés à un turn-over important, par exemple »
Et c’est bel et bien sur le long terme que les deux jeunes dirigeants réfléchissent. « Nous nous efforçons de pratiquer un management de la confiance afin de favoriser la libération du potentiel des énergies. Notre finalité, c’est que les gens soient heureux de venir travailler  ». De fait, « cette logique a généré beaucoup d’autonomie et de confiance ». Résultat d’ores et déjà sympathique : « On peut partir en vacances l’esprit tranquille. On ne l’aurait pas fait il y a cinq ans »

Article et photo : Stéphanie Martin
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