Quand la lavande traverse l’Atlantique

La lavande ne se réduit plus aux souvenirs d’armoire à linge. Plus que jamais, lavande et lavandin sont ancrés dans notre époque. En témoigne l’entreprise Cassan SAS, installée à Simiane-la-Rotonde, qui fait prospérer la filière de l’Italie aux États-Unis, en passant par l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou encore le Canada. Histoire d’une petite entreprise familiale qui a misé sur l’export.

L’entreprise Cassan SAS a été créée en 1995 par mon père Alain Cassan, mais au début, on ne faisait que des bouquets secs et des feuillages stabilisés, explique Benoît Cassan, gérant de l'entreprise. 
Il a fallu attendre 2007 pour que l'entreprise commence à commercialiser des huiles essentielles ». Jusqu'à ce que cette activité devienne elle-même essentielle, c'est le cas de le dire. 
Mais revenons un peu en arrière, car l'activité devenue florissante il y a une dizaine d'années, était loin d'être une nouveauté, chez les Cassan. « Nous sommes lavandiculteurs depuis 1907, raconte Alain Cassan, le père de Benoît. Mon grand-père faisait du blé et du petit épeautre. On récoltait alors la lavande sauvage. Puis, il a commencé à planter de la lavande. On la distillait avec de petits alambics portatifs et l'huile essentielle partait vers les industries grassoises »
Les Cassan se spécialiseront ainsi dans la lavandiculture de grand-père en petit-fils, puis en arrière-petit-fils lorsque Benoît s'installera à son tour en 1999. Mais les huiles essentielles sont alors commercialisées via une coopérative. « Jusqu'au moment où, à la fin des années 2000, nous avons connu une période où les prix étaient vraiment très bas. Nous avons pris conscience qu'il fallait faire quelque chose », résume Benoît Cassan. A un moment où la filière bien-être est en plein essor, la rencontre avec Gary Young, fondateur de la société spécialisée dans l'aromathérapie est décisive. Cassan SAS devient fournisseur de la société américaine. 
Un secteur qui, d'une manière générale, donne un nouveau souffle à la plante préférée de nos grands-parents. Il faut dire que les huiles essentielles de lavande et de lavandin sont réputées pour être des panacées, supposées faire des merveilles contre les insomnies, la nervosité, les maux de tête, les brûlures et autres désordres digestifs. 
Le mode de consommation devient par le fait sans commune mesure avec les faibles quantités consommées jusqu'ici, au gré des modes, par les seuls parfumeurs. « Avant, les marchés étaient instables. L'aromathérapie et la volonté des consommateurs de revenir à des produits naturels a permis aux prix d'augmenter et a représenté une véritable bouffée d'oxygène pour la filière », souligne Benoît Cassan. « On a du mal à mesurer l'ampleur qu'a pris l'aromathérapie, renchérit son père. Cela représente au moins 60%, voire les trois quarts de la consommation de lavande ». De plus, « même les parfumeurs y reviennent »
Lorsque Benoît Cassan s'est installé, les agriculteurs exploitaient une centaine d'hectares. Ils en exploitent à présent environ 250ha. Mais l'entreprise Cassan SAS ne tourne pas qu'avec la seule production familiale. « On commercialise notre production, à laquelle s'ajoute celle de tous les producteurs qui veulent bien travailler avec nous ». Soit plus d'une centaine de producteurs. L'ensemble représente environ 100 tonnes de lavandin par an, et 30 tonnes de lavande.
Les prix de la lavande se situent autour de 80 à 130€/kg, et le lavandin Super autour de 35-40€/kg. Pour cause : « 1 ha de lavande fine permet d'obtenir 20 à 25kg d'huile essentielle », précise Benoît Cassan.
A ce jour, la société Cassan SAS représente un tiers du marché français en achat de lavande. Mais doit faire face à un concurrent de poids : la Bulgarie, qui en produit annuellement 200 tonnes, soit plus de deux fois la production nationale. « Ces dernières années, ils ont fortement augmenté leur production, mais nous arrivons à nous démarquer grâce à la qualité historique de notre lavande, dont il ne faut pas oublier qu'elle pousse ici naturellement, contrairement à la Bulgarie, qui a importé la lavande provençale ». Qui plus est, « en France, nous avons la chance d'avoir un réseau de recherche important tant au niveau variétal qu'au niveau du machinisme ou de la distillation. On a également la chance d'avoir le Crieppam (Centre régionalisé interprofessionnel d'expérimentation en plantes à parfum aromatiques et médicinales, ndlr) pour soutenir la production, sans quoi il n'y aurait plus de lavande à cause du dépérissement.
Le résultat en est, estime Benoît Cassan, que la filière bénéficie d'une « dynamique importante. C'est un secteur qui est vraiment porteur ». A condition néanmoins de ne pas craindre de passer la frontière. « Notre salut, on le doit à l'exportation. Il ne faut pas avoir peur de sortir de chez nous. Il faut vraiment être tourné vers l'extérieur. »
 
Article et photo : Stéphanie Martin
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