A l’Auberge des pénitents la Provence prend des accents lyonnais

Installés depuis 2011 aux Mées où ils ont réhabilité l’Auberge des Pénitents, Laetitia et Jean-Pierre Matrat ont développé une petite entreprise fondée sur une exigence de qualité dans une ambiance familiale.

Une simple histoire d’amour. C’est en effet un véritable coup de foudre qui est à l’origine du nouveau look de l’Auberge des pénitents, aux Mées, reprise par Laetitia et Jean-Pierre Matrat, qui s’y sont installés il y a près de cinq ans avec leurs deux enfants Aksel et Iliona.
« Nous étions à la recherche d’une affaire à reprendre. Nous avons regardé sur Le Bon Coin, et nous sommes tombés amoureux de cette maison », explique Laetitia Matrat. Elle est certes un peu loin de la région lyonnaise, dont le couple espérait se rapprocher après avoir passé quelques années à Chantemerle-lès-Grignan dans la Drôme, mais tant pis. « On n’a même pas cherché à savoir ce qu’il y avait alentours. Cette maison aurait pu être partout en France », confie cette jeune femme aux cheveux courts, aussi tonique qu’enthousiaste. La maison est « dans un sale état » ? Là encore, tant pis ! « Lorsqu’on est venus pour la visiter, nous avons eu un vrai feeling avec le propriétaire, et puis ces carreaux de ciment, la hauteur de plafonds... C’était une maison qui nous plaisait à titre personnel et tout ce qu’on voyait, c’est ce qu’on voulait en faire ».
Pourtant, ils héritent là d’une affaire qui aurait aussi bien pu être un cadeau empoisonné. « Quelques temps après notre arrivée, on s’est rendu compte que cette affaire n’avait jamais vraiment décollé et aucune banque ne voulait nous suivre. Nous avons dû prouver que l’on savait travailler. Nous sommes contents d’avoir réussi là où personne n’y croyait ». Il est vrai aussi que le couple s’est donné du mal. « Nous sommes arrivés le 27 août 2011, et nous avons ouvert le 1er septembre », se souvient Laetitia Matrat. « On faisait les travaux et les peintures dès qu’on avait un moment, entre deux services, ou encore la nuit en s’efforçant de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller les clients de l’hôtel. On en a bavé, mais on n’a pas fait ça pour rien », lance-t-elle avec un sourire immense.
L’exigence du « fait maison »
Quelques années après, la pression n’a cependant pas été relâchée : ils ont décidé de prendre pour la première fois depuis 2012 quelques jours de vacances en avril. Pour cause, « la fréquentation du restaurant va crescendo ». Ils ne sont heureusement pas tout seuls : aidés par une apprentie en salle, une serveuse, un apprenti cuisinier et un employé polyvalent. Laetitia s’occupe de la réception, de la préparation des chambres et des petits-déjeuners, tandis que Jean-Pierre est en cuisine. Après avoir exercé 24 ans dans la restauration collective, ce chef passionné est ravi de faire un métier qui lui permet de travailler comme il l’entend. Une passion visiblement communicative : son épouse a initialement une formation de paysagiste. Elle s’est lancée dans la restauration en 2009, lorsqu’ils ont acquis leur premier restaurant dans la Drôme, « par amour » là encore. Et ça lui convient, malgré le travail acharné que ce mode de vie impose. « Je suis heureuse, assure-t-elle sans se départir de son sourire. C’est un métier que je fais sans contrainte ».
Aujourd’hui, l’Auberge des pénitents dispose de quatre chambres décorées de manière thématique, mais « l’hôtel (qui a obtenu deux étoiles, NDLR) est un service complémentaire », précise Laetitia. Car leur vraie marque de fabrique est à chercher dans la carte de ce restaurant traditionnel. Une carte, disions-nous qui change chaque jour - « les cartes figées, ça nous donne le bourdon » - composée au gré des trouvailles saisonnières, des envies et, le cas échéant « des souhaits des clients qui, s’ils s’y prennent quelques jours à l’avance, peuvent nous passer commande ». Un savoureux métissage de cuisine lyonnaise réalisée avec les produits frais de fournisseurs locaux – issus des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes, ils sont tous nommés sur la carte – de qualité gastronomique tout en restant à la portée du grand public. « C’est un choix que nous avons fait, parce que nous avons à cœur de fidéliser notre clientèle », explique la jeune femme. Un choix du « fait maison », comme en atteste le titre de « Maître restaurateur » qui a été attribué au chef Jean-Pierre en 2013, dans une ambiance familiale.

Article et photos : Stéphanie Martin