Sica Pom’Alpes, originalité et qualité avant tout !

Créée en 1979 par l’arboriculteur Thierry Clos, la SICA Pom’Alpes, installée à Manosque, est une société coopérative de taille modeste qui a pris le parti de miser sur la qualité certifiée, la diversité, l’originalité de sa production.

Sur un mur du bureau de la directrice de la SICA (société d’intérêt collectif agricole) Pom’Alpes, Anne-Laure Clos-Queiras, un tableau en bois sculpté représentant des branches de pommier dans les méandres desquelles on peut lire la marque Saint Petrus, créée par son père Thierry Clos. Sur ce tableau, se trouvent aussi deux clefs où l’on distingue les initiales G et C, pour Georges Clos, le grand-père. Sans doute Thierry Clos estime-t-il qu’il doit à celui qui a planté jadis les premiers hectares de pommiers d’être indirectement à l’origine de cette société coopérative manosquine qu’il a créée en 1979.
 
La SICA frôle donc aujourd’hui les 40 ans d’existence. Elle regroupe sept producteurs pour une surface globale de 275 ha de pommiers où l’on trouve des variétés classiques, comme la Golden, la Gala ou la Granny Smith, mais aussi des variétés à plus forte valeur ajoutée comme la Pink lady et des variétés exclusives comme l’Altess et, plus récemment, la Red Love, bien nommée pour avoir comme spécificité d’être rouge au-dedans comme au-dehors. A cela s’ajoutent les apporteurs extérieurs qui agrémentent l’offre de variétés dites « club », soit des variétés cultivées sous un certificat d’obtention variétale, qui font l’objet d’une mise en marché attribuée à des entreprises habilitées. « Tous les producteurs sont certifiés GlobalGAP, et la station est certifiée IFS et BRC », précise Anne-Laure Clos-Queiras. Des certifications qui attestent de leurs bonnes pratiques agricoles et garantissent la fourniture aux consommateurs de fruits sains répondant aux exigences de la réglementation européenne en matière d’hygiène. « D’ici trois ou quatre ans, on aura une ligne bio »
C’est qu’en arboriculture, il est devenu absolument indispensable de miser sur la diversité et les signes de qualité, dans un contexte économique assez peu favorable à la filière arboricole qui, dans les Alpes-de-Haute-Provence, est pour une grande part destinée à l’exportation. 
 
La SICA Pom’Alpes, en l’occurrence, exporte de 70 à 75% de sa production vers la Belgique, la Hollande, l’Angleterre, l’Espagne, la Scandinavie et, pour une part plus modeste, vers Dubaï ou des pays comme le Vietnam. Avant, une importante partie de la production de Golden et de Granny Smith partaient vers la Russie et l’Algérie. Les deux pays ont respectivement fermé leurs frontières à l’importation, notamment de pommes, en 2014 et 2015. La SICA s’en ressent fortement. Le chiffre d’affaires est passé de 8 à 6 M€ l’an dernier. « Cela nous a fait perdre des marchés pour les pommes de catégorie inférieure à la catégorie 1 ». Lesquelles sont condamnées en France à être vendues à l’industrie à des prix dérisoires, alors même que les prix de vente imposés par les distributeurs pour la consommation sont eux-mêmes insuffisants. « Le prix de la Golden l’an dernier dans le département (et d’autres régions) se situe entre 0,19 et 0,26€ payés aux producteurs alors que le prix de revient se situe lui, pour un producteur, entre 0,32 et 0,38€ selon la structure, et le prix de vente à l’industrie se situe entre 14 et 18 centimes. A ce prix payé à la SICA, il faut ensuite déduire ses frais, ce qui revient à un prix de 0€ pour le producteur ». Résultat des courses, « l’an dernier, les producteurs ont perdu de l’argent », note la directrice. Cette année, viennent s’ajouter d’importants épisodes de grêle qui se traduisent par un taux d’au moins 20% de pommes non récoltées, et 30% de pommes déclassées. « Pour l’instant, il est trop tôt pour savoir si le prix compensera le manque », précise encore Anne-Laure Clos-Queiras.
 
En tout état de cause, il est évident que la politique à adopter consiste d’ores et déjà à baisser les coûts de production. Or, souligne encore la directrice de Pom’Alpes, « la main d’œuvre en arboriculture représente entre 40 et 50% du coût de revient ». A l’usine de la SICA, on compte 14 permanents et une bonne quinzaine de saisonniers. Sur les exploitations, à titre d’exemple, les EARL Saint-Petrus, gérée par Pierre Clos, le fils de Thierry, et Nature Arbre, gérée par Jean-Baptiste Queiras, époux d’Anne-Laure, embauchent chaque année quelque 80 saisonniers à elles deux, en période de récolte et environ 17 ETP sur l’année. « Pour certains producteurs, dans les années qui viennent, cela va être une course à la mécanisation pour réduire les embauches ». A la SICA Pom’Alpes, pour l’heure, on préfère réfléchir à des nouveaux modes de production afin de gagner en rentabilité, notamment en misant sur la réduction des traitements. Dans la ligne d’une démarche de qualité adoptée depuis déjà des années…
 
Article et photos : Stéphanie Martin
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