Savon de Marseille l’indication géographique protégée en pleine évolution.

L’Assemblée nationale vient de voter l’extension de l’Indication géographique protégée aux produits artisanaux, tels que le savon de Marseille ! Le terme « savon de Marseille » n’est pas une appellation d’origine contrôlée, mais correspond seulement à un procédé de fabrication qui est approuvé depuis mars 2003 par la Direction de la concurrence et de la consommation.

Les Alpes-de-Haute-Provence montent au créneau


L’Association Française de la Détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle (AFISE), a élaboré une charte de qualité qui rappelle et réglemente les recettes à respecter : cuisson par saponification en discontinu au chaudron, teneur en acides gras supérieure ou égale à 63%, teneur en soude inférieure à 0,1%...
Mais à l’heure actuelle, les contrôles ne sont pas très fréquents. Il n’y a donc pas d’obligation de fabriquer un savon à Marseille pour qu’il puisse avoir l’appellation. D’ailleurs, la codification est très large et permet à une grande quantité de savons d’origine diverse de bénéficier de l’appellation Savon de Marseille. De ce fait, la Chine et la Turquie sont les plus gros fabricants de savon de Marseille. Les fabricants de savon artisanal phocéens ne représentent que 10 % des cubes et produits détergents arborant une origine géographique marseillaise ! L’IGP va aussi et surtout protéger le consommateur des contrefaçons.
Mais dans l’attente de la promulgation de l’IGP, reste à déterminer ses composantes et notamment sa localisation géographique. Car à l’instar du leader de la cosmétique industrielle L’Occitane, on fabrique du Savon de Marseille aux quatre coins de la région PACA et particulièrement dans les Alpes-de-Haute-Provence...


Vers une médiation


« On savait que le Savon de Marseille pouvait être éligible à l’IGP commente Daniel Margot, PDG de la Savonnerie de Haute-Provence et membre de l’AFSM (association des fabricants de savon de Marseille). Depuis 1993, les savonniers s’étaient regroupés sous une bannière régionale Cosmed pour dynamiser et développer la marque Savon de Marseille. Au sein de ce groupement, il y avait deux tendances. L’UPSM (union des producteurs marseillais) qui souhaite la mise en place d’une zone géographique limitée à Marseille-Salon. L’autre tendance représentée par l’AFSM s’oppose à la restriction géographique mais aussi sur la nature du savon de Marseille. On accepte, par exemple, de pouvoir parfumer le Savon de Marseille fort d’une clientèle notamment étrangère qui aime associer le savon et le parfum lavande. Et les producteurs bas-alpins dans le sillon de L’Occitane représente non seulement une vraie compétence mais aussi un quart de la transformation nationale ».


Sans parler de l’impact sur l’emploi. Les savonniers bas-alpins pèsent 200 emplois directs ! Aussi, depuis plusieurs mois l’AFSM est montée au créneau saisissant les chambres consulaires, les parlementaires. Une réunion de conciliation a été organisée d’ailleurs grâce aux chambres consulaires, réunissant les élus et les unions patronales (UDE 04, UP 13).
« L’implication des chambres consulaires, des élus est totale » précise d’ailleurs Daniel Margot au point d’obtenir en mars dernier une conciliation en présence d’un médiateur du Ministère de l’économie et de l’artisanat.
L’AFSM était d’accord pour travailler sur un projet commun d’IGP, les opposants « marseillais » ont refusé prétextant des coûts de médiation trop importants. À ce jour, dès lors, deux demandes IGP Savon de Marseille sont déposées auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI).
« On va continuer à travailler sur cet axe de médiation. La CCI 04 et la CMA 04 ont accepté de prendre en partie à leur charge, le coût de la médiation. Les chambres des Bouches-du-Rhône devraient voter la même chose, ce qui lèverait l’hypothèque de l’UPSM de ne pas vouloir se mettre autour de la table. Il faut espérer que les professionnels marseillais acceptent la conciliation sinon on reviendrait 20 ans en arrière, ajoute Daniel Margot. Il est tout à fait possible, à la façon de l’hôtellerie, de produire du savon étoilé et différent afin que le client s’y retrouve en terme de qualité ». Enfin, reste la démarche de l’IGP qui peut prendre de quelques mois à deux ans. Le temps pour les producteurs bas-alpins de faire partager le message à leurs confrères phocéens : il y a la place pour un Savon de Marseille authentiquement produit sur la terre provençale !

Article Bernard Fali

CCIT

Votre contact :

CCI des AHP
Tél : 04 92 30 80 80
Mail : accueil@digne.cci.fr