L’eau de Montclar continue de se répandre dans l’Hexagone

Plus de trente ans après sa création, la Source du col Saint-Jean continue d’enregistrer chaque année une augmentation de sa production.

Coincée entre la station de ski et le terrain de camping, la Source du col Saint-Jean fait un peu figure d’ovni dans la vallée de la Blanche. D’autant que cette usine d’embouteillage, la seule des Alpes-de-Haute-Provence, présente d’autres caractéristiques atypiques. A commencer par le fait que l’eau est captée sous le plateau de la Chau à une altitude record de 1650m, ce qui en fait, souligne le responsable d’exploitation du site Yvon Bouchet, « la plus haute source de France ». Une altitude qui, et c’est loin d’être accessoire, a pour vertu de prémunir l’eau contre la pollution. « L’eau, qui reste toute l’année à une température constante de 6°C, est captée dans la nappe phréatique via un forage horizontal de 108 mètres de long, explique Yvon Bouchet. Elle descend ensuite par gravité sur 2,4km de canalisations et 300 mètres de dénivelé jusqu’au site d’embouteillage ».
 
Là, cette eau indemne de pollution humaine, qui bénéficie d’ailleurs de l’appellation Eau minérale et Eau minérale de montagne, ne subit aucun traitement. « Nous avons comme avantage le fait qu’elle soit naturellement propre à la consommation, si bien qu’elle est uniquement préfiltrée, puis filtrée avant d’être directement mise en bouteille ». Des analyses bactériologiques régulières et une traçabilité rigoureuse permettent néanmoins de garantir une qualité telle qu’elle est recommandée pour la préparation des biberons des nourrissons.
 
Cela fait désormais 33 ans que la Source du Col Saint-Jean a été créée sur la commune de Montclar, fruit d’un partenariat entre un ingénieur, Jean-François Maurin, et la municipalité alors dirigée par Henri Savornin. Objectif : tâcher de développer une activité économique sur cette petite commune qui compte aujourd’hui tout juste un peu plus de 400 habitants.
L’avenir leur a donné raison. Car, à l’heure où le marché mondial de l’eau en bouteille explose, seuls quelques groupes se partagent le marché. Parmi eux, le groupe Alma, qui détient aujourd’hui le site clarimontois. Pour mémoire, le groupe Alma dispose d’un imposant portefeuille de marques comme Saint-Yorre, Vichy Célestins, Thonon, Courmayeur ou Rozana. En fait, détaille Yvon Bouchet, « la société créée en 1985 a été rachetée en 1994 par le groupe Nestlé puis, en 2000, par la société des eaux minérales de Saint-Amand, qui est elle-même rachetée en 2012 par le groupe Roxane ». Lequel est une filiale d’Alma dédiée aux eaux de premier prix, dont la très connue marque Cristaline en fait un leader de l’industrie des eaux embouteillées. Inutile de préciser que parmi les sites du groupe disséminés dans l’Hexagone, nos Bas-alpins font figure de poids léger. A ne pas sous-estimer, cependant. Car la petite entreprise qui compte actuellement 14 salariés et deux lignes de production assurant une cadence de 12 000 et 12 800 bouteilles par heure, ne laisse pas de se développer chaque année davantage. En 2017, ce sont ainsi quelque 50 millions de bouteilles qui ont été vendues (43,5 millions en 2015 et 47,4 millions en 2016), contre 18 millions il y a trente ans. 
Le potentiel de production est de 60 millions de bouteilles par an. « Mais le site est enclavé géographiquement et, d’un point de vue logistique, une augmentation trop importante de la production deviendrait compliquée à gérer », tempère Yvon Bouchet. En outre, la société a signé avec la mairie une convention d’exploitation de la ressource pour un débit maximal de 30m3 par heure, ce qui est en soi limitatif, quand bien même ce seuil n’est pas encore atteint. « Nous prélevons au maximum 25m3 d’eau par heure », note le responsable, qui pointe également les bonnes pratiques de l’entreprise. « Le forage ne fonctionne qu’avec les lignes, donc lorsque les lignes s’arrêtent en fin de journée, le forage cesse également. De cette façon, il n’y a pas de pertes »
 
En dépit de ces contraintes, le marché sur lequel surfe la société clarimontoise est en soi porteur. « Notre progression tient au fait que 96% de notre production est destinée à des marques de distributeurs, ce qui nous offre des opportunités de développer de nouveaux formats », explique Yvon Bouchet. 
Et la marque Montclar dans tout ça ? « Elle représente les 4% restants. Ça ne représente pas grand-chose mais nous tenons à la faire vivre », explique Yvon Bouchet qui confie aller lui-même livrer les épiciers locaux. « Ce serait quand même dommage qu’ils vendent l’eau des autres… » 

Article et photo : Stéphanie Martin
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